samedi 16 février 2008

GEORGE BRASSENS

Ses chansons sont traduites aux quatre coins de notre planète. Privées de la voix de l’auteur, dépouillées de la résonance des mots, incertaines du charme de la musique qui s’altère au contact de nouvelles sonorités, que reste-t-il de ce qui nous séduit dans les chanson de Brassens?

LE PORNOGRAFE

Autrefois, quand j'étais marmot
J'avais la phobie des gros mots
Et si j'pensais " merde " tout bas
Je ne le disais pas
Mais

Aujourd'hui que mon gagne-pain
C'est d'parler comme un
turlupin
Je n'pense plus " merde ", pardi
Mais je le dis
J'suis l'pornographe
Du phonographe
Le
polisson
De la chanson

Afin d'amuser la gal'rie
Je crache des
gauloiseries
Des pleines bouches de mots crus
Tout à fait incongrus
Mais
En m'retrouvant seul sous mon toit
Dans ma psyché j'me
montre au doigt
Et m'crie: " Va t'faire, homme incorrec'
Voir par les Grecs "

Tous les sam'dis j'vais à confess'
M'accuser d'avoir parlé d'fess's
Et j'promets ferme au
marabout
De les mettre tabou
Mais

Craignant, si je n'en parle plus
D'finir à l'Armée du Salut
Je r'mets bientôt sur le tapis
Les fesses impies

Ma femme est, soit dit en passant
D'un naturel concupiscent
Qui l'incite à se coucher nue
Sous le premier venu
Mais

M'est-il permis, soyons sincèr's
D'en parler au café-concert
Sans dire qu'elle a,
suraigu
Le feu au cul
?

J'aurais sans doute du bonheur
Et peut-être la Croix d'Honneur
A chanter avec décorum
L'amour qui mène à Rom'

Mais

Mon ang' m'a dit : " Turlututu
Chanter l'amour t'est défendu
S'il
n'éclôt pas sur le destin
D'une putain "

Et quand j'entonne, guilleret
A un patron de cabaret
Une adorable bucolique
Il est mélancolique
Et
Me dit, la voix
noyée de pleurs
" S'il vous plaît de chanter les fleurs
Qu'ell's poussent au moins rue Blondel
Dans un bordel "

Chaque soir avant le dîner
A mon balcon mettant le nez
Je contemple les bonnes gens
Dans le soleil couchant
Mais
N'me d'mandez pas d'chanter ça, si
Vous redoutez d'entendre ici
Que j'aime à voir, de mon balcon
Passer les
cons

Les bonnes âmes d'ici bas
Comptent ferme qu'à mon trépas
Satan va venir embrocher
Ce mort
mal embouché
Mais
Mais veuille le grand manitou
Pour qui le mot n'est rien du tout
Admettre en sa Jérusalem
A l'heure blême

Le pornographe
Du phonographe
Le polisson
De la chanson

VOCABULAIRE:

marmot: niño, pequeño
turlupin: bufón
polisson:polizón
gauloiseries: chistes picantes
montre au doigt: señalar, acusar
Voir par les Grecs: que te den por...
fermer au marabout: prometer al sacerdote

suraigu: sobreaguada
le feu au cul : ninfomania
il n'éclôt pas: no proviene
guilleret: alegre, contento
noyée: ahogada
cons: tontos, gilip...
mal embouché: mal hablado

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